Comment les infirmières stomathérapeutes à travers le monde ont été impactées par la pandémie de Covid-19 et leurs réactions.

Les infirmières stomathérapeutes à travers le monde ont partagé avec nous leurs histoires personnelles sur l’impact de la pandémie de COVID-19 et comment elles ont fait face.

Merci aux infirmières qui ont partagé leurs histoires avec nous.

Pascale, France

C’est au Groupe Hospitalier du Havre Jacques Monod que j’exerce ma fonction d’infirmière stomathérapeute depuis 2003.

La crise sanitaire du coronavirus a obligé l’établissement à réfléchir à une nouvelle organisation institutionnelle. L’activité de chirurgie générale a été réduite avec un impact sur l’activité de stomathérapie. Pour ma part, je continue d’exercer mon travail au sein du service de chirurgie car nous avons de nouveaux patients stomisés opérés en urgence. Les consultations externes de stomathérapie ont toutes été annulées. Le suivi des patients stomisés est nécessaire et se fait désormais grâce au téléphone ou à l’outil internet.

Au début du confinement, je suis restée chez moi. À force d’écouter les médias informer la population de la dangerosité du virus, l’angoisse se faisait de plus en plus importante : peur d’être infectée par le Covid mais surtout peur de contaminer mon entourage et peur de retourner travailler.

Lorsque je suis revenue au GHH, avec de l’appréhension, je me suis rendue compte que tout était mis en œuvre pour travailler avec mes collègues dans une ambiance sereine.
L’important c’est de prendre les mesures barrières préconisées afin d’éviter la propagation du virus.

Nadège, France

Lorsqu’on entre dans la chambre du patient, on porte un masque, des lunettes, une charlotte hygiénique et une combinaison de protection au-dessus de la blouse. Cet uniforme tient chaud. On change de charlotte et de combinaison entre chaque chambre. On prend le temps de se changer, de se laver les mains à chaque fois.

Mon service de chirurgie est devenu une unité Covid. Mon unité compte 24 patients.

Mon travail est différent car les consultations de stomathérapie sont interdites. J’assure le suivi des patients par téléphone et par e-mail. Ils me contactent s’ils ont besoin de conseils. Ils m’envoient une photo de leur stomie ou plaie et je les conseille. Je leur envoie une ordonnance par e-mail ou fax.

J’aide aussi mes collègues de l’unité Covid. Je réponds au téléphone car les familles des patients appellent souvent puisque les visites sont interdites. Je désinfecte les portes, les ordinateurs et les téléphones plusieurs fois par jour. Je range les médicaments et le matériel.

Cordialement, et restez vigilants

Airis, Pay-Bas

À l’hôpital Beatrix, je travaille comme infirmière stomathérapeute en consultations externes et infirmière générale dans le service de chirurgie. Avec le COVID-19, ce service est devenu un lieu réservé aux patients Covid-19.  En mars, j’ai travaillé à temps plein dans cette unité Corona-virus.

Malgré mes appréhensions (j’ai une fille de 12 ans, sera-t-elle suffisamment protégée ? Vais-je contaminer ceux que j’aime ?) je me devais de le faire. C’est mon métier et ces patients ont besoin de nous. Il est difficile de travailler dans cette unité dédiée au Covid. Le virus est sournois et son évolution est imprévisible. 

J’ai vu plus de gens mourir que ce à quoi je suis habituée et les vêtements de protection sont vraiment difficiles à porter. En raison de ce travail, j’ai dû garder une distance sociale avec ma fille et ma famille pour les protéger. Un sacrifice énorme !

Maintenant, je suis revenue vers les soins de stomie. Mon contact avec les stomisés se fait surtout par téléphone ou e-mail. La plupart des personnes stomisées sont des patients à haut risque et il est important qu’ils ne viennent pas à l’hôpital pour éviter tout risque de contamination. Il faut espérer que la situation s’améliore bientôt.

Kitty, Pays-Bas

Le travail est différent, il y a quelques ajustements, mais nous essayons toujours d’aider nos patients, même avec les « vêtements Corona ». Pour les contacts avec l’extérieur, nous utilisons beaucoup Facetime ou Skype lorsque la famille n’est pas autorisée à rendre visite au patient.

Bonne chance, bonne santé à tous et gardez le sourire !

Alison, Royaume-Uni

Début mars, l’hôpital universitaire de Birmingham était prêt à affronter le virus, toutes les visites ont cessé et les consultations se sont déroulées par téléphone, y compris sur le dépistage de cancer colorectal. Le suivi téléphonique des patients par les infirmières spécialisées était donc primordial.

 Pénétrer dans l’hôpital était un peu sinistre car il n’y avait personne d’autre que le personnel dans les couloirs et dans les différents services. L’un d’eux dispose d’une unité distincte de 8 lits pour personnes très dépendantes (l’USI est un service complètement séparé). En l’espace d’une semaine, le service général a été transformé en USI, avec des ventilateurs à chaque lit, ce qui a permis d’ajouter 28 ventilateurs.

À la mi-mars, j’effectuais mon travail habituel, expliquant aux patients comment soigner leurs stomies afin qu’ils puissent rentrer chez eux et libérer des lits. Toutes les opérations de chirurgie de cancer ont aussi été reportées pour libérer des lits. Puis j’ai commencé à me sentir mal, j’ai eu de la fièvre, de la toux, un mal de gorge et, d’une manière générale, ce fut la pire période de ma vie. 

J’ai passé les deux premières semaines dans le brouillard, car j’allais vraiment mal. Une de mes collègues m’a aidée et s’est occupée du suivi par téléphone des patients qui avaient été autorisés à rentrer chez eux.

À présent complètement rétablie, Alison évalue les options concernant la meilleure façon de reprendre le travail.

Olga Ostendorf Ruymbeke, Pays-Bas

En ce moment, à l’intérieur comme à l’extérieur de la structure, l’accent est mis sur le COVID-19. Tous les autres soins sont presque inexistants. Je le remarque parce que mes collègues me contactent moins souvent pour signaler un problème en soin de stomies, par exemple. Je reçois moins de demandes d’aide. C’est dommage pour les personnes stomisées qui ont des problèmes.

Mais le petit plus, c’est que je peux faire partie de l’équipe en charge des soins infectieux. Cette équipe s’occupe des personnes susceptibles d’être contaminées par le COVID-19 ou qui ont été testées positives au COVID-19. Les soins sont prodigués à domicile, dans leur environnement familier.

Je suis contente de participer aux soins des personnes contaminées par le COVID-19. Mais en même temps, je me fais du souci pour les patients stomisés qui ont besoin de mon aide et qui ne peuvent pas me joindre.

Karen, Suisse

Les examens de routine pour les patients stomisés ont été annulés. J’ai donné des conseils par téléphone et certains patients m’ont fait parvenir des photos de leurs stomies. Sinon, je m’occupe d’avantage des soins des plaies, voire des soins de pansements de routine pour aider mes collègues dans les différents services.

Margarete – Allemagne

Soigner les patients même pendant cette période de COVID – Nous travaillons ensemble et je fais ce que je peux ! Mon rôle est d’aider aux soins de stomie et de plaie dans les différents services.

Depuis le début de la pandémie de COVID-19, j’ai remplacé une collègue plus âgée, considérée comme à risque, et je n’ai donc pas exercé en tant qu’infirmière référente plaie, stomie et incontinence. 

Beaucoup d’opérations ayant été annulées, la charge de travail en traitement des stomies a également diminué un peu.

Je travaille à présent en chirurgie viscérale après m’être éloignée de ce domaine pendant de nombreuses années

Marjolein Visser, Pays-Bas

Une des conséquences du Covid-19 est que la consultation externe est calme pour le moment, dans un hôpital déserté : nous travaillons seuls, mangeons seuls, avons des réunions par téléphone et le contact étroit avec les collègues et les patients nous manque. 

Nous avons seulement des contacts par téléphone et par e-mail avec les patients. Face à cette nouvelle situation, il faut beaucoup de nouvelles compétences et d’énergie pour expliquer la situation au patient. Le port du masque est suffocant et ne pas savoir quel collègue se cache derrière le masque est très intimidant.

Personnellement, je me demande comment adapter la distance sociale de 1,50 m au travail et quand la vie redeviendra « normale ».

Qu’avons-nous appris de cette SITUATION ? Est-il possible que nous augmentions le contact numérique avec les patients, par le biais d’appels vidéo pour les informer, et que l’utilisation de vidéos explicatives augmente ? Il existe peut-être d’autres solutions e-santé pour les personnes stomisées, leurs soignants et les professionnels.

Un grand merci à toutes les infirmières qui ont pris le temps de partager leur histoire avec nous et à tous les professionnels de santé du monde entier qui continuent à travailler sans relâche pendant cette crise sans précédent.